Séminaire théorique : 12/06

Interdépendance et paradoxalité : Le Soi

Verbatim de la session de la fin de séminaire relevé par M. Dalpé psychologue.
Paroles d'Aimé HAMANN

Dimanche matin


Il me venait ce matin, à partir de ce qui s’est passé hier, d’essayer de formuler ce que c’est vraiment qu’on essaie de faire en abandon corporel. Et puis en quel sens on parle de spirituel. Moi, je ferais une différence entre spirituel et spiritualité, entre institution et l’au-delà de l’institution.

L’abandon corporel, c’est quoi strictement pour moi ? C’est uniquement un mode de rapport à soi, qui essaie de faire de la place à tout soi-même comme soi-même. Donc comme subjectivité, non pas comme vérité. C’est fondamental ça pour moi. C’est un mode de rapport, au fond, à soi essayant de faire toute la place à soi comme soi. C’est important parce que ce n’est pas nécessairement de faire toute la place à soi, mais comme soi c’est fondamental, parce que c’est comme subjectivité et non pas comme lieu de vérité.

L’institution fait quelque chose de cela, la vérité ou de certaines expériences comme la vérité. Ensuite on y adhère. Ça ne veut pas dire qu’on n’est pas en danger constant d’institution, mais la position comme telle c’est de défaire constamment toute institution. Ce n’est pas de rejeter l’institution, ce n’est pas de choisir une institution. Par exemple, « la spiritualité sans Dieu » c’est déjà une institution. Rejeter Dieu, dire que Dieu n’est pas, c’est choisir, c’est adhérer.

Dans la position qu’on essaie de prendre, il n’y a d’exclue aucune institution à laquelle on n’irait pas si c’est ça qui s’impose. Donc, ce n’est pas de choisir ni de rejeter. C’est de faire de la place à l’individu comme il est et étant lui-même et non pas la vérité. C’est mettre en place des conditions pour n’être pas des lieux de vérité. Il ne peut pas y avoir de lieux de philosophie qui ne partent pas de la subjectivité. C’est impossible, pour moi.

La première chose qui m’a frappée dans l’abandon corporel c’est que c’est une expérience, une expérience de l’involontaire. Ça, ça m’a vraiment étonné : se placer dans certaines conditions intérieures et puis, il se passe toutes sortes de choses, à toutes sortes de niveaux. Ça peut être au plan fantasmatique, émotionnel ; ça peut être du mouvement ; ça peut être n’importe quoi. Et puis, à un moment donné, ont surgi des compréhensions. Des compréhensions même de textes de la bible que j’avais entendus et lus il y a plusieurs années. Et tout à coup, je me mettais à les comprendre. Et puis, ce que c’est pour moi actuellement l’abandon corporel, c’est de créer les conditions, et toujours les recréer, et toujours aller, si possible, plus loin pour faire de la place à qui je suis, à qui l’on est, de sorte que de là puisse sortir un sens, le sens, le sens que c’est. C’est devenir élève au lieu d’être professeur. Ça, pour moi, c’est fondamental.

C’est toujours reprendre cette position-là si bien que tous les acquis sont toujours en question. Par exemple hier, on a parlé du soi. Pour moi, c’est une notion qui me parle beaucoup, qui émerge d’une expérience, de certains contenus d’expérience que j’essaie d’exprimer là-dedans. Ce n’est pas fermé pour moi. Même le mot lui-même, si éventuellement on trouve mieux ou que les contenus changent, je me dis que c’est à changer. Mais, il se peut que l’on s’enferme à l’occasion dans des mots, mais le projet c’est sans cesse de se poser comme élève.

Il me semble que l’humanité n’a pu devenir qu’en étant maître, qu’en sachant, qu’en étant vérité et adhésion. L’institution, pour moi, c’est un certain nombre de mécanismes comme trouver quelque chose, dire quelque chose qui semble être, adhérer, être ensemble. Il y a un certain nombre de mécanismes qu’on retrouve dans toutes les institutions. J’ai jamais eu autant de respect pour les institutions que maintenant. Je pensais qu’il fallait se débarrasser des institutions et ce n’est pas vrai. Je crois que l’être humain a à aller plus loin, dans un lieu où il va découvrir, il a à découvrir qu’il ne peut pas être un lieu de vérité. Et donc quand il adhère à la vérité, c’est qu’il nie des choses de lui-même. Donc, il est une subjectivité incontournable qui vient précisément du fait qu’il s’est développé dans la vérité. Il a toujours eu de lui des parties qui ont été protégées dans ces adhésions. C’est ça qui a permis à l’humanité de devenir, mais on est essentiellement des êtres d’institutions et donc des institutions, des subjectivités. Si la vérité nous était présentée, le seul fait qu’on y adhère c’est qu’on l’a déjà déformée. On adhère à quelque chose qu’on projette dedans, qu’on change. C’est fondamental ça pour moi.

Le spirituel ce n’était pas pour moi, vraiment une recherche. Ça s’est imposé. Faisant place à soi comme on est (donc c’est un mode de rapport à soi, ce mode de rapport à soi, il fait de la place à tout soi-même comme c’est et comme on est) a fait découvrir des choses comme la subjectivité. La subjectivité, c’est quelque chose d’extrêmement fondamentale.

Ça m’a fait comprendre que l’humanité a toujours essayé d’éliminer la subjectivité ou d’aller plus loin que la subjectivité jusqu’à la science qui a développé des méthodes très rigoureuses pour contrer la subjectivité. Mais, les religions avaient fait la même chose. Les grandes religions révélées : c’était vrai, c’était révélé au-delà de toute subjectivité. Puis, les philosophies font la même chose. L’effort pour éliminer la subjectivité nous mène dans toutes sortes d’endroits. La subjectivité mène à la politique, à l’économie, à l’art, aux religions. Mais, c’est grâce à ça aussi que toute l’humanité est devenue. Mais, on se rend compte qu’à un moment donné, il a fallu dépasser des choses. Puis finalement, la position qu’on prend ce n’est pas d’éliminer la subjectivité, c’est de lui faire toute la place, mais comme soi-même et non pas comme vérité. Et si on fait ça, finalement ça fait une pace à soi et ça fait une place aux autres aussi parce que la subjectivité comme on est, nécessairement on perçoit les autres et on les interprète de façon subjective, mais de façon à pouvoir survivre. On les limites. On les interprète. On ne peut pas faire autrement que de créer des rapports de connivence avec la vie. C’est aussi à consentir. On ne peut pas ne pas créer des rapports de connivence avec les autres. Et donc c’est à consentir et à habiter comme soi.

Quand on travaille dans les groupes autour de quelqu’un, on se rend compte comment les perceptions, les vécus de tout le monde sont si différents. Consentir à être subjectivité c’est consentir au fait qu’on ne peut d’aucune façon éviter d’être dans des rapports de connivence avec la vie, avec n’importe quoi, avec des livres, par exemple. Ce n’est pas dans rien que l’on choisit tel livre puis qu’on le comprend de telle façon qui nous convient. Avec tout, on est comme ça. Et on le perçoit que partiellement. Dans les groupes quand on travaille ensemble, on est aux prises avec toute l’illusion de croire que l’on a bien senti. Puis, tout à coup, les gens sentent tout à fait autre chose. Au début, on peut se dire, ben ils n’ont pas l’expérience que j’ai. Puis, il peut y avoir une certaine réalité là-dedans. Mais, on se rend compte aussi qu’il y a des choses que l’on ne peut pas sentir, qu’on ne sera jamais l’expert d’un autre, qu’on a à l’apprendre. Et donc la position qu’on prend c’est d’essayer de créer toutes les conditions pour devenir un apprenti, pour apprendre, pour comprendre, pour co-apprendre.

Pour moi, le spirituel, c’est un mode de rapport qui fait de la place à tout soi-même comme soi-même et dans cela ça fait de la place à tous les autres. Si je suis la vérité sur un autre, c’est évident que je le définis, je le choisis, ou je le rejette. Je peux avoir un vécu de rejet, mais si c’est moi. Ça ne veut pas dire que l’autre n’est pas là-dedans, ce n’est pas ça que je dis du tout. L’autre est là-dedans aussi, il est là-dedans transformé par moi, sous la forme de moi-même. C’est ce mode de rapport qui est le spirituel. Ce n’est pas quelque chose qui peut se présenter d’un coup. Ce n’est pas quelque chose qu’on fait d’un coup, ce n’est pas quelque chose que l’on comprend d’un coup. Ça prend la vie entière. Je crois que c’est comme ça. Je crois que les humains, on est des projets d’humain. Selon moi, une des choses que le bouddhiste a bien compris c’est la nécessité de poursuivre jour après jour, après jour, après jour, après jour. Ce n’est pas une fois que tu es là. C’est dans la vie. Et ce n’est jamais fait. C’est toujours à faire.

Moi, la spiritualité ça ne m’intéresse pas. Ça m’intéresse parce que j’y ai passé une partie de ma vie. Mais, ça ne m’intéresse pas, parce que j’en suis sorti. J’ai quitté ça. Mais, j’ai été pris par surprise. Comme, tout à coup, de découvrir qu’un mode de rapport à soi et donc aux autres, laisse apparaître la paradoxalité. Tout à coup, toute finitude passe à l’infinitude. Et c’est ça l’esprit, le spirituel pour moi. Ce n’est pas en dehors de la matière, ce n’est pas en dehors du corps. C’est le corps humain pouvant être dans toutes ses dimensions qui, tout à coup, laisse apparaître que c’est de là…C’est la place faite à ce corps-là, à ce corps humain-là qui est l’esprit, qui est le spirituel. C’est de la matière comme elle est que vient l’esprit. C’est ça même qui, habité par moi, habité par quelqu’un, par l’humain, par un être humain, par des êtres humains, c’est cela même qui est le spirituel.

Il me semble qu’à travers toutes les spiritualités, il y a cette recherche-là qui prend des formes subjectives selon l’espace, le temps, les personnes. C’est la recherche de la matière de devenir esprit qui est là. C’est dans ça que c’est respectable, profondément, toute recherche. Mais, je pense qu’on ne s’en va pas dans un monde où l’on va se limiter à une forme. On s’en va plutôt dans un monde où l’on va chercher à l’intérieur de soi. Je crois ça moi. Je crois qu’il y a de plus en plus de gens qui ne se sentent pas complètement interpellés par une forme quelconque. Ce qu’on essaie de faire ce n’est pas simple, ce n’est pas facile. On ne peut pas adhérer à ça. Je ne sais pas comment présenter ça, on ne peut pas, ça ne se présente pas. Ça implique qu’on s’engage soi-même par rapport à soi-même, sans cesse.


(….)

Pour faire de la place à l’autre, il faut faire de la place à soi. Et c’est jamais fait. C’est dans l’immédiateté que ça a à se faire, ce qui rejoint, ce qui se passe et comment l’énergie en moi serait d’intervenir ou de définir ou autre. Il y a à laisser cela là, à aller « s’asseoir dans sa subjectivité ». Comme, juste : « Ah ! c’est ça qui se passe en moi à l’occasion de l’autre ». Bon, qu’est-ce que j’en fais ? Ben, de longs moments, moi, me taire est la meilleure réponse. Il surgit parfois des mots qui permettent de juste laisser exister, de nommer, de laisser exister ce qu’il y a là. On pourrait dire un langage ontologique, mais il faut vraiment comprendre. (
Je n’écrirais pas ça là). Mais, essayer de définir : « Ah ! c’est ça qui se passe ». Et c’est à refaire tout le temps, tout le temps, tout le temps.

(…)

Pour moi, la position c’est la même pour tout le monde, chacun le vit de façon unique. Et le contenu qui est éveillé en soi et la manière qu’on a…C’est la position de faire de la place à tout soi-même comme c’est, c’est la même. Mais, c’est évident que chacun vit à sa manière et ce qui est éveillé en lui, c’est ça qui est là, c’est ça qui a à être comme soi. Pour moi, la position, le consentement à cette attitude intérieure de faire à soi toute la place comme soi, prise par chacun est vécue de façon unique.

(…)

La matière est recherche d’être sujet d’elle-même. Il me semble, que profondément la matière n’est que rapport et elle cherche un mode de rapport qui serait tout elle, qui l’engloberait. Devenir sujet de soi-même c’est ça la matière, c’est le projet de ça, et donc d’habiter tous les espaces et tous les temps qu’elle est. Le projet ce n’est pas de sortir de la matière, l’esprit ce n’est pas de sortir, c’est d’y entrer, c’est de l’habiter, c’est de parcourir tous les espaces et tous les temps, les habiter dans le « ici et maintenant ». Et donc devenir sujet de soi, il me semble, que ça fait ça. C’est un mode de rapport, c’est comme se retourner sur tout soi-même, sur tout d’où l’on vient, d’où on émerge, comment c’est devenu et l’habiter comme soi. Dans le fait de se recevoir, de s’habiter, il y a une dimension infinie et elle n’est possible que dans le particulier. C’est le particulier qui a à s’habiter. Et c’est pour ça que ça a à se faire à chaque moment. On ne peut pas dire c’est fait. Puis, on peut dire c’est fait aussi, mais c’est à chaque moment, dans le particulier que ça a à se faire. C’est dans l’individu et c’est cela qui est l’universel. Le paradoxe, il est là. C’est ce qu’il y a dans le particulier qui a à être. On est tout.

(…)

Pour moi, la matière c’est la possibilité de l’esprit. C’est du rapport extérieur, passager, indéfini. Mais, c’est du rapport.
L’esprit c’est le rapport devenu capable de s’habiter complètement, de s’intérioriser et de se conscientiser, de se recevoir, de consentir à soi. C’est un mode de rapport qui ramasse tous les rapports. C’est ça pour moi l’esprit.
La matière c’est la préparation de l’esprit.

La matière elle-même est un fait spirituel, mais le fait humain de façon plus spécifique est un fait spirituel. C’est la mise en place de conditions pour que l’esprit émerge et la spiritualité. Cette recherche s’est manifestée de mille manières. Ça commencé sans conscience au départ, mais c’était là, ne serait-ce que dans un développement du système nerveux et du cerveau, rendant minimalement conscient, fragile et exigeant d’être ensemble et engageant un processus à travers l’institution qui conduirait à l’esprit, à l’intériorité, à s’habiter soi-même, à se recevoir plus ou moins. Comment c’était au départ et comment c’est devenu à travers l’institution jusqu’aux grandes religions, le chemin est infini. Dans les grandes religions (bouddhiste, christianisme, islamisme, etc.) il y a beaucoup d’intériorité. L’esprit s’est cherché à travers les spiritualités. Ça fait un chemin énorme. Aujourd’hui, il y a de grandes spiritualités où l’on peut passer sa vie, sans que l’on puisse les épuiser. C’est avant de soi. On pourrait aller au bout de soi à l’intérieur de très grandes spiritualités. On pourrait aller très loin. Ça laisse assez d’espace pour s’intérioriser et des gens qui a l’intérieur dépassent même les institutions. Mais, l’institution porte assez de vécu pour qu’ils puissent le faire.

Il me semble que l’on s’en va dans un monde fragile, dangereux parce que la sortie des institutions, ou l’affaiblissement des institutions, laissant les subjectivités à elles-mêmes, pour moi c’est un temps de danger infini pour l’humanité. Parce que le chemin qu’il faut faire pour que la subjectivité soit portée, reçue, habitée, n’est pas fait et ne se fera pas facilement. Il me semble que l’élan profond ça va être d’aller au-delà de toute institution. Parce que pour moi toute institution, quelque part, enferme, protège, définit, rassure. Ça été essentiel, mais l’élan de l’esprit c’est d’aller au-delà. Mais, allons-y voir. Ce n’est pas simple d’y aller seul.

(…)

C’est très difficile de ne pas faire de rupture. La matière, ce n’est pas moi. Donc, il y a une rupture. Alors que c’est la matière qui est parvenue jusqu’à soi, mais comment ? L’esprit ce n’est pas le corps, mais ce n’est pas vrai. Sauf, qu’en faire l’expérience, intégrer ça comme une seule expérience, c’est un chemin. On aura jamais assez de la vie pour le faire. C’est la matière qui est parvenue à la vie, à l’humanité, puis l’humanité jusqu’à nous, puis on est là. Mais, l’humanité ce n’est pas moi. Ce n’est pas vrai. On pourrait dire l’intelligence, c’est nous.

On émerge de la matière. C’est une hypothèse que l’on fait. On dit, on n’est pas créé. On ne parle pas d’intervention divine. C’est une option. Je ne pourrais pas moi, mais je n’en sens pas le besoin et intellectuellement, je ne pourrais pas justifier ça, mais ça ne veut pas dire…

(…)

Pour moi, il y a une rupture. À un moment donné, il y a eu un développement physiologique assez grand pour qu’il y ait un début de prise en charge de soi et de son propre devenir. C’est dans ça que je parle de rupture. Jusque-là, l’intelligence, le comportement, les rapports étaient pris en charge par l’intérieur, déterminés de l’intérieur. C’est encore comme ça. Un animal, les chiens, ils savent quoi faire et ils le font, ils vivent ensemble à leur manière. Nous, on a eu à l’apprendre en le faisant, en le devenant. Tout à coup, la vie avait appris à marcher, à voler, à aller dans l’eau. Et puis, tout à coup, elle avait à habiter l’espace et le temps, l’infini. Et c’est un mode de rapport, c’est dans un mode de rapport à s’inventer.

L’humanité ce n’est pas une continuité. C’est en continuité, mais il y a une rupture aussi avec, on pourrait dire, la matière, la vie. Il y a quelque chose de plus. Alors, c’est là que l’on a introduit Dieu. Et si c’était une possibilité qui était là ? Alors, c’est ça qu’on fait comme pari, nous autres. C’est une capacité du développement même. C’est, comme tout à coup, la matière est devenue assez intérieure pour prendre en charge son propre devenir. C’est ça pour moi l’humanité.

Ça eu à devenir corps. Ce n’est pas le corps qui portait le rapport. C’est le rapport qui est devenu corps. C’est ça la différence. C’est la recherche d’un mode de rapport qui habiterait le corps et la matière. Ce n’était pas donné. Et c’est là toute la souffrance humaine, pour moi, parce que ça n’a pu que commencer dans l’absence, dans le manque. La découverte d’un autre, le respect d’un autre ce n’était pas…Ils se protégeaient pour survivre, mais…tout ce que c’est un autre, ce que c’est que les autres, c’était à acquérir ça et ça commencé dans l’absence et donc dans le manque et alors donc ça s’est fait comme ça pu, dans la violence, l’utilisation, etc. C’est ça notre corps, c’est ça l’humanité. C’est tout ça, ce n’est pas simplement les belles choses. C’est tout ce qui ne pouvait pas être autrement étant donné que ça commencé dans l’absence.

(…)

Défaire l’institution c’est prendre le risque de mourir et c’est prendre le risque de vivre. Garder l’institution est aussi une mort. Ça consacre l’arrêt. Ça protège du se recevoir. Ça empêche l’existence du fils. C’est une symbolique. Se recevoir vraiment c’est consentir à être fils. Consentir à être habité tout de soi-même, c’est découvrir qu’on est reçu, qu’on porte l’humanité, qu’on porte la matière, qu’on est la matière, qu’on est l’humanité, qu’on est les autres et jusqu’au bout. C’est découvrir sa subjectivité, c’est-à-dire qu’on est des êtres relatifs, qu’on n’est pas des êtres d’origine. On est le fils de tous. Se recevoir, c’est ça le fils. Et se recevoir au complet c’est habiter tout ce dont on est devenu. C’est comme égaler le père. C’est une symbolique. C’est ce que j’appelle le mouvement intérieur. C’est du mouvement. Ce n’est pas arrêté par une défense, par de l’interdit ou par une institution. C’est tout pris comme soi, originant en soi. C’est la reconnaissance de tout ce qui nous a fait et l’on se découvre alors subjectivité. C’est comme ça qu’on se découvre si on fait vraiment l’expérience de soi. Et donc se recevoir comme subjectivité, c’est poser toute chose comme nous ayant donné d’être. On est des êtres devenus, co-devenus. C’est poser tous les co-devenant et c’est ça parler du soi. C’est là, reconnaître tous les co-devenant de soi. C’est toute chose : c’est la matière, c’est la vie, c’est les autres, c’est l’humanité.

Le père et le fils c’est quand même de l’institution et puis ce n’est pas bête. C’est extraordinaire, la profondeur, comme compréhension humaine. On y croit et c’est présenté comme un mystère. Je pense qu’on peut comprendre ça. Ça se comprend.


(…)
Pourquoi les institutions interdisent d’aller dans le sens de la position qu’on prend ? Qu’est-ce que ça protège ?
Dès les premières institutions, il y avait le projet d’en arriver là. C’était là, mais toute institution est la vérité. Et donc est éternelle en elle-même et donc va se défendre, défendre son existence. Les institutions doivent se voir comme étant le lieu par excellence qui va permettre d’accéder à. L’au-delà de l’institution ne peut pas se faire dans l’institution. D’une façon générale, ça a à se faire dans les individus. Mais, c’est quand même les institutions qui ont conduit les individus là.

(…)

Il y a le risque même de la mort d’aller dans notre position. Toute institution est une forme de berceau, mais protégé. Tandis que ce qu’on fait est un berceau, mais qui fait de la place à tous les berceaux, à tout ce que contient l’humanité depuis le départ. Il y là-dedans beaucoup de choses mortelles.

(…)

L’humanité ce n’est pas une nature comme la nature. C’est quelque chose où chacun porte tout l’ensemble et il y a tellement de non « assumable » dans tout ce co-devenir là, de non recevable, de non habitable que le risque de…que l’institution contient, empêche, protège. Mais, t’enlèves ça, si tu te places dans la position de l’enlever individuellement, tout ce que l’on est risque de monter. Or c’est clair, là-dedans, qu’il y a des vécus qui ne peuvent pas monter sans tuer. C’est le risque de déclencher, ça pourrait déclencher n’importe quoi, des agir. C’est tout le problème de la nature aussi, comment on est. Pour devenir humain, il a fallu s’éloigner de la nature. Ce n’est pas pour rien qu’on pollue sans s’en rendre compte. C’est parce qu’on est coupé de nous-mêmes. Ça vient de tout ce qui de soi n’est pas assumé, si bien qu’on est loin et de soi, mais aussi des autres et de l’extérieur. La nature c’est nous, mais on est coupé de ça comme on est coupé de nous. Pour devenir humain, il a fallu s’éloigner. C’est ça un des grands dangers que la matière a pris en nous plaçant là, c’est qu’on la zigouille, qu’on se détruise soi-même. Ce n’est pas inhumain ça. C’est la difficulté de devenir humain qui est dans ça et la grandeur aussi. Devenir un espace où tout soi-même peut être et de fait tous les autres et tout le reste. Alors, ce qu’on ne peut pas porter, ressentir, nous amène à compenser, à utiliser et c’est sans fin. Ça crée le besoin, ça crée des besoins qui ne combleront jamais le manque de soi. On peut mettre le mot «désir » là-dessus. L’institution a pris des risques comme elle a pu. L’institution, c’est nous, ce sont nos créations, nos inventions, les projections de nous-mêmes, l’imaginaire.

(…)

Le travail corporel met tout le fardeau sur soi. Quand on est en groupe et qu’on parle, le fardeau est sur tout le monde, mais on ne va pas là. On va là de temps à autre. Tandis que quand tu fais du travail corporel, tout le fardeau est sur chacun. Tout le poids de sa propre humanité et de l’humanité est sur soi. Autrement, on peut faire toutes sortes de choses, mais si on le fait. Il y a comme une résistance, une réticence. C’est du non verbal, c’est pas seulement corporel, c’est tout soi-même. C’est d’une extrême exigence, pour chacun et probablement que l’on (comme thérapeute) la sent autant que les autres.

Pour moi, ça quelque chose à voir avec le spirituel, le travail corporel, comme l’arrêt de l’agitation, l’arrêt de faire n’importe quoi quand quelque chose nous…Porter l’agitation, porter ce qui fait que l’on s’agite. Ne pas l’agir. Se disposer au mouvement intérieur. Se placer dans la position pour se disposer à ce qu’il y a là puisse être comme soi. Et pour moi, c’est d’emblée un acte spirituel. C’est un mode de rapport à soi et donc à la vie, aux autres qui fait de place à tout soi et de ce fait à tous les autres et à chacun.

La subjectivité, l’interdépendance, la paradoxalité, tout est là (dans l’expérience du travail corporel). C’est de là qu’émerge toute cette position. Et puis on rejoint la même chose au niveau verbal si on va là. On a à y aller au niveau verbal. Alors, dès qu’on va là, du sens peut émerger des compréhensions.

Comme humains, nous sommes limités dans notre compréhension par le niveau de risque que l’on prend par rapport à soi, par l’expérience que l’on fait par rapport à soi. Être qui l’on est, c’est essentiel pour comprendre. On ne peut pas comprendre autre chose que ce qui nous protège…il faut que l’on reste organisé, vivant, fonctionnel. Et si on protège ça, en même temps on s’empêche de comprendre, c’est-à-dire si on reste là, si on ne prend pas de risque de soi quand c’est possible (si ce n’est pas possible, ce n’est pas possible), mais on est acculé à ne pas comprendre plus que ça. On n’a pas d’autre lieu de connaissance que l’expérience dans l’ouverture.

(…)

La « pratique » c’est nos rencontres, c’est les groupes. Toutes les pratiques, quelles qu’elles soient, sont comme ça. L’essentiel c’est le rapport humain, il me semble. Dans l’involontaire, ce n’est pas un en soi, c’est ce que ça ouvre de soi à soi et aux autres. Pour moi, ce n’est pas une pratique l’involontaire.

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