De la finitude à l’infinitude : autour de la mort

Le sujet
Le sujet proposé à notre réflexion rejoint les préoccupations de tous les humains, chacun aux prises avec sa propre vie et le drame d’être humanité. Il s’agit des limites, des finitudes, jusqu’à la mort même que les humains partagent avec la matière et la vie. Ces finitudes – l’espace et le temps, la violence, la maladie, la souffrance, les inégalités, la multiplicité, les dichotomies, les contradictions, le déterminisme, l’ambivalence, la mort – sont les obstacles incontournables et le passage obligé à l’infinitude.

Ces réalités rejoignent les humains dans leur être et leur conscience et posent la question du sens d’être humanité. L’histoire a donné une infinité de réponses à cette question allant puiser dans toutes les sphères de la recherche des humains.

La recherche ontologique
La position de recherche ontologique que nous prenons ici se révèle être un angle de regard différent et inattendu sur la réalité humaine. Elle se situe au-delà de l’institution, impliquant à chaque moment la globalité de soi à être et non à agir ou à changer. Elle fait toute sa place à la subjectivité de chacun et donc à son unicité. Se découvre alors la rencontre qui est co-naissance dans l’interdépendance et la paradoxalité; le soi ou l’un, c’est l’universel. Cette position embrasse toutes les dimensions de l’être, de la matière à l’esprit, en une même évolution dans un même mouvement, qui au plan humain devient mouvement intérieur englobant toute réalité.

Le passage à l’infinitude
Ce lieu d’ouverture à soi, à l’humanité et à toutes réalités qu’est la position de recherche ontologique laisse lentement apparaître l’unicité de l’être. Dans un même devenir, une même évolution, la matière accède à la vie et la vie poussée à ses limites pose l’humanité comme mode de rapport à devenir corps. Ce mode de rapport, porteur de toutes les promesses de l’infinitude, a d’abord émergé de la vie instinctive et été porté par celle-ci. Puis, dans l’espace et le temps, l’humanité naissante s’est inventée un espace propre dans l’institution jusqu’à pouvoir, à travers ses membres, s’ouvrir à l’infinitude dans la position de coïncider avec soi-même. C’est donc la matière et la vie qui à travers l’humanité s’ouvrent à l’espérance de faire passer toutes leurs finitudes à l’infinitude. Ainsi se fait le passage du temps à l’éternité, de la matière à l’esprit, résolvant toutes les dichotomies, les contraires et les contradictions de la matière et de la vie dans l’humanité s’accomplissant à travers les individus se recevant dans tout d’eux-mêmes.

La mort et la vie s’ouvrent à des dimensions inattendues, contradictoires en apparence et finalement paradoxales dans l’ouverture à tout soi-même. Il peut devenir impératif de mourir pour vivre et que ce soit la rencontre. La rencontre alors qui est interdépendance et paradoxalité ne se termine pas dans la mort. Au contraire, la mort devient le passage incontournable et nécessaire consacrant l’éternité. Celle-ci, l’éternité, n’est alors que la plénitude et l’au-delà de l’espace et du temps et de toutes finitudes habitées comme étant le soi : la rencontre. L’espérance ne consiste plus à vouloir changer le monde et le quérir de ses plaies. Elle se révèle et s’éclaire à travers la position intérieure de s’ouvrir à tout soi-même et de ce fait à toutes ses finitudes, les finitudes. La paradoxalité de l’être s’opère : tout, reçu en soi, comme soi donne et reçoit d’être. Mais entre-temps, il faut tout faire pour que soit la vie et changer le monde. Ce qui ultimement ne pourra se faire vraiment qu’en étant ce monde.

Aimé Hamann
3 novembre 2004