Texte écrit pour le séminaire de recherche de mai 2005
La mort incontournable,
passage obligé à l’éternité.
Matière, espace et temps sont nos origines et nous
constituent. Nous avons à consentir à cette réalité. Naître
et mourir délimitent notre rapport à l’espace et au
temps. Nous ne pouvons alors qu’inventer un avant et
un après, un ailleurs ou un autrement.
Ainsi se reconnaître peut éveiller le désespoir. Il est
facile de comprendre tous les efforts de l’humanité
pour donner à la mort un au-delà qui donnerait sens à la
vie. Mais la multiplicité des solutions apportées fait
problème. Cette recherche de sens est cependant loin
d’être vaine. Elle est le pressentiment que la
matière et la vie à travers l’humanité, malgré toutes
leurs limites et leurs horreurs, sont ontologiquement sens
et direction. Elle manifeste ainsi dans l’espace et
le temps, les chemins différents empruntés par les humains,
engagés pourtant dans une même quête de sens logée au
cœur de chacun.
Et si nous donnions toutes leurs chances à la matière et à
la vie s’ouvrant à l’humanité que nous sommes?
Et si c’était des limites, des finitudes, de la mort
même qu’avait à surgir le sens? Et si la mort et la
vie étaient susceptibles de s’ouvrir à la rencontre?
Le co-devenu humanité est ce long processus posé à
l’origine dans des rapports d’absence et
d’exclusion tout autant de soi que des autres. Et
pourtant, dès les premiers moments de l’humanité,
tout est là du projet humain, de sa naissance à son
accomplissement. Il y avait à devenir corps humain, rapport
humain dans une même co-devenance, dans le manque générant
des besoins sans limites jusqu’à la destruction de
soi, des autres et de la nature même dans le co-devenant
subjectivité de chacun. Mais paradoxalement ainsi ont pu,
la matière et la vie, devenir corps humain, s’ouvrant
à la possibilité du rapport jusqu’à la rencontre.
La vie et la mort, émergeant de la matière, enfermées dans
l’espace et le temps, s’ouvrent alors à
d’autres dimensions : l’interdépendance
dans la paradoxalité dévoilant le sans limite de la
rencontre. Le processus sans fin de s’intérioriser,
se recevoir, s’habiter est le lieu de passage des
limites de la matière à l’infinitude de
l’esprit et c’est là le cœur du devenir
humanité : donner d’être à toutes réalités, à
toutes limites jusqu’aux pires atrocités. Tout reçu
donne d’être, même la mort qui en plus d’être
incontournable, dans l’ordre de la matière et de la
vie organique, se pose comme l’au-delà des limites de
l’espace et du temps dans l’ordre de
l’esprit.
La position prise dans la recherche ontologique ne fait
rien advenir. Elle n’est que la disposition
intérieure de laisser à l’humanité tout entière
depuis ses origines jusqu’à son accomplissement
d’apparaître et de se dire. Toute la place ainsi
ouverte à la subjectivité de chacun comme étant lui-même et
non le lieu de la vérité, donne priorité à l’être sur
la connaître. Se révèle alors l’être,
l’ontologique qui est interdépendance dans la
paradoxalité. La mort organique, consentie, reçue, habitée
comme corps et donc comme rapport devient le passage à la
rencontre. Nous mourons tous du rapport inhabité. La mort
que l’on donne, que l’on reçoit, que l’on
se donne.
Toute
l’humanité se trouve engagée dans un seul et même
processus ne pouvant s’accomplir que dans
l’interdépendance. Chacun est pour les autres
l’espérance d’être et tous sont pour chacun de
tous les espaces et de tous les temps la possibilité de la
rencontre. La mort n’est plus alors la limite si ce
n’est de l’espace et du temps. Habitée, reçue
dans toutes ses dimensions comme son propre corps et donc
comme rapport à soi et aux autres elle devient passage à la
rencontre, accomplissement de tout espace et de tout temps.