Séminaire
du 6 au 8 décembre 2002
LE PASSAGE A L’ONTOLOGIQUE
Aimé Hamann
Le sujet proposé rejoint celui du printemps: le passage à
l'ontologique qui doit se concrétiser sans cesse dans le
psychothérapeute. Mais l'attention se portera également à
mieux cerner et comprendre le plus concrètement possible ce
qui est spécifique à l'abandon corporel, lieu d'être et de
devenir humain, psychothérapie ontologique.
Psychothérapie et recherche ontologique coïncidant dans
cette position, sans cesse â reprendre, de faire toute la
place à sa propre vie, comme elle est organisée et
expérimente en soi à l'occasion des autres et de toute
réalité. Cette position par rapport à soi-même situe aussi
toute réalité et tous les autres dans l'être, en un
mouvement intérieur s'articulant dans l'interdépendance et
la paradoxalité.Alors s'instaure un double processus: celui
de s'ouvrir de plus en plus à soi et aux autres permettant
ainsi de comprendre toujours davantage la réalité humaine;
celui aussi, corollaire du premier, de décloisonnement des
dichotomies, des contraires et des contradictoires, au-delà
de la causalité et de la culpabilité dans la mouvance de la
paradoxaIité.
Ce qu'on appelle abandon corporel n'est rien d'autre que
cette ouverture intérieure à tout recevoir de soi comme
étant soi-même, à consentir à soi, à s'habiter, à coïncider
avec soi dans un processus jamais terminé et pourtant à
chaque instant s'accomplissant. De ce consentement à sol,
se renouvelant et s'approfondissant sans cesse, émerge une
compréhension déstabilisante de toute réalité.Il y a alors
passage du devenir et de la compréhension enfermés dans
l'institution au devenir et à la compréhension surgissant
de cette position ontologique, passage de l'adhésion à une
prédéfinition de la réalité humaine au risque individuel
d'être et de ce fait connaître dans le relatif de sa propre
subjectivité
L'acte d'humanité par excellence, celui de se poser dans la
globalité de sa propre réalité et donc de sa subjectivité
pose alors chacun des autres dans leur réalité concrète,
déterminée, subjective, co-devenue et co-devenant.
L'humanité entière peut alors se poser, être et se dire.
Cette position, on le comprendra, se doit d'être prise au
moins par le psychothérapeute, chercheur ontologique. Elle
est alors le lieu psychothérapeutique. Elle situe soi-même,
chacun des autres, l'humanité et toute réalité dans
l'ontologique. Elle est la compétence du psychothérapeute
en abandon corporel, l'espace pour sa propre vie et celle
des autres, le lieu du passage des rapports de connivences
et de fusions à des rapports d'interdépendance dans la
filiation et la paternité.
Aimé Hamann