L’interdépendance comme psychothérapie

L’abandon corporel est une position d’ouverture intérieure à soi, aux autres et à toute réalité. Une telle position exclut toute prédéfinition de la réalité humaine et lève tous les interdits à ce que l’on est. Recevoir et habiter tout de soi-même dans un processus sans fin implique d’être sujet de soi et non pas le lieu du savoir ni le fondement de l’agir conforme à la vérité.

Une telle position est recherche ontologique. Elle fait place au chercheur dans sa globalité, le découvrant comme subjectivité constitutive à co-être, co-devenir et, alors, co-apprendre. Ce n’est pas une position de compétence, mais une mise à contribution de tout soi-même à être, laissant apparaître le particulier de soi et des autres. De ce lieu émerge un éclairage sur le co-devenant de l’humanité, de ses origines à son accomplissement.

L’abandon corporel est un mode de rapport à soi, incluant tout de soi-même et, de ce fait, incluant chacun des autres dans son unicité, ouvrant sur l’humanité tout entière et sur toute réalité. Un tel mode de rapport, à actualiser par le psychothérapeute, chercheur ontologique, à chaque moment de sa présence à ses clients, implique le consentement à sa subjectivité, le posant ainsi comme sujet responsable de sa propre expérience. Tout ce qu’il est et expérimente est son être. Il reçoit d’être et donne d’être. C’est là l’interdépendance, le passage à l’être et à la paradoxalité de l’être. Consentir à être subjectivité et non vérité donne à tout de donner et recevoir d’être. C’est l’au-delà de toutes dichotomies, de toutes les finitudes, de tout espace et de tout temps continu, dans l’ici et maintenant. Le psychothérapeute n’est alors plus l’expert, celui qui sait, mais celui qui co-devient dans l’interdépendance et, de là, co-apprend.

La psychothérapie d’abandon corporel est le prolongement et l’extension de l’institution. C’est par l’institution et les rapports de connivences que l’humanité a pu devenir corps, jusqu’à pouvoir dans l’individu humain s’inclure en entier dans la position de se recevoir et de se poser comme sujet responsable dans l’interdépendance. S’ouvrir à tout soi-même, coïncider avec soi, révèle notre état de fils, d’être devenu, co-devenu, élève si l’on veut. Cette ouverture à tout soi-même est ouverture à chacun des autres dans sa spécificité et, du même coup, à l’humanité tout entière, de ses origines à son accomplissement. Le lieu thérapeutique rejoint alors en chacun et dans l’humanité tout entière l’élan du désir emmuré dans l’organisation déterminée et unique de chacun : le manque, et toutes les douleurs du monde, à être habitées dans le consentement à être. On peut penser que ce serait là le changement.

Être impliqué à consentir à la subjectivité constitutive du co-devenu humanité, c’est là, étrangement, le passage à l’être, à l’interdépendance laissant apparaître la paradoxalité de l’être se recevant.

Ce mode de rapport qu’est l’interdépendance fait toute sa place à soi, aux autres et à toute réalité : c’est l’état à faire advenir à chaque instant par le psychothérapeutique en abandon corporel. Ce mode de rapport décloisonne le verbal et le non verbal, la situation individuelle ou de groupe dans l’unité de l’interdépendance et le dévoilement de la paradoxalité.

Cette position, ce mode de rapport jette un éclairage différent sur les situations concrètes que pose la psychothérapie, comme par exemple :
a- Le lien psychothérapeute/clients
b- La durée de la psychothérapie
c- Le changement
d- La clientèle
e- L’origine de la souffrance humaine
f - Ce que peut apporter la psychothérapie en abandon corporel

Il s’agit ici d’aborder avec toute la rigueur de la recherche ontologique et la contribution de chacun dans l’interdépendance, les questions fondamentales que pose une approche paradoxale où le particulier en chacun est ouverture à l’humanité tout entière.
Aimé Hamann