La mise en abyme I, est le texte écrit pour le colloque 2005
"Subjectivité et Rencontre" à Québec.

En guise d’introduction
Le poète suisse Georges Aldas, a dit et a écrit :

L'Etat de Poésie est un état de relation... On peut dire dans le subtile et le grossier. Dans le prologue de St Jean est écrit "au début était le verbe" Qu'est-ce que ça veut dire? Moi je travaille avec l'expérience que j'ai et pour moi tout simplement le verbe ça relie le sujet et l'objet. Au commencement était la relation. Et maintenant au niveau de la matière il n'y a pas de matière ce ne sont que des noeuds de relations. Si l'essence de la vie c'est la relation, qu'est-ce qui est l'anti-relation c'est le meurtre. Oedipe le fait avec son père, il est parricide est incestueux et il est innocent il ne sait pas dès qu'il devient conscient il se crève les yeux c'est à dire qu'il ne lui reste plus que l'intériorité pour voir... le monde.
Nous vivons tous dans l'état de meurtre. C'est simplement biologiquement une loi de la vie tuer l'autre pour survivre. Et socialement et psychologiquement c'est tout aussi vrai. Le meurtre n'est pas seulement tuer, c'est plus subtile et plus terrible c'est la séparation, je sépare la vie de votre corps. Le meurtre et la séparation est à l'origine de l'histoire de l'humanité.
Séparé de dieu ils sont exilé du paradis et ils entre dans le temps et engendre un fils Cain qui est le premier meurtrier. Le royaume de l'espace-temps commence par la séparation et le meurtre. Ce qui m'étonne c'est que l'on parle pas plus de l'état meurtrier de l'homme. Je le suis moi-même, le meurtre est en moi. On ne peut pas parler du mal dans le monde si on ne commence pas par voir que nous sommes meurtrier, des assassins...
On est assassin et on est aussi anti-meurtre c'est à dire qu'on fait le don de soi et c'est mourir pour l'autre, l'état résurrectionnel!
Faire le mal c'est s'exiler. Etre dans le meurtre c'est être dans la séparation.
Georges Haldas - la mélancolie des dieux - entretien avec Jean-Philippe Rapp pour « Les grands entretiens », TSR

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S'il est vrai que la mémoire n'est pas, comme on le croit d'ordinaire un retour au passé, mais que, tout au contraire, elle rend présent en nous ce qui, au dehors est révolu et par là même transcende l'espace/temps, le poème lui aussi, à sa manière, suscité par des réalités passagères et mortelles, les élève à une sphère intemporelle.
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Ainsi la parole poétique est-elle en quelque sorte résurrectionnelle. Non qu'elle soit, bien entendu, résurrection. ... Mais elle est , par son processus vital, comme le pressentiment, sinon la promesse.
On comprendra aisément dès lors que l'Etat de Poésie - expérience faite - m'apparaisse comme le miroir de la condition humaine. Soumis à l'état de meurtre - le biologique et même le social - et aspirant à dépasser ce double conditionnement , pour accéder à cet Etat qu'il me plaît d'appeler "résurrectionnel". Ou si on préfère, disons que vivre en Etat de Poésie, c'est avoir les pieds dans la boue (la puissance, le meurtre) et le regard levé vers les étoiles (l'amour qui relie et fait vivre).

Georges Haldas – Poésie Complète – L’âge d’Homme - 4ème de couverture