Ce texte est est la présentation faite en août 2007, au quatrième colloque biennal en abandon corporel, à l’Estérel Sainte-Marguerite, Québec, sur le thème :
LES SPIRITUALITÉS ET LE SPIRITUEL : LES RECHERCHES DE SENS ET LE SENS QUE L'ON EST



LA MISE EN ABYME II, LE RAPPORT D’ÉLIMINATION, DU MEURTRE AU MANQUE, PORTER L’ABSENCE
Denis Matthey-Claudet


Fragment, la chute

Quel est le sens de la vie au regard de la vastitude de l’univers en expansion…
Je me souviens, enfant déjà enfant encore, la nuit, porté à questionner le sens du vivre.
Lorsque le nez vers les étoiles regardant l’infini des cieux, je me souviens de ce moment de pur vertige me saisir. Ivre, vivre la sensation de ma première « mise en abyme »... Basculement violent, comme une conversion, être non plus happé par l’infini mais dans une chute, être ramené à moi, parmi les hommes. Vide !
Je suis le début et la fin de toutes vies.
Là où le sens cherché au-dehors c’est moi cherchant, ce que je ne savais pas encore être l’autre pour se connaître.
C’est un moment ou la perte du sens, cherché au-dehors fait creux au-dedans. Vide démuni.
Absence première.


Vous dire

Il y a deux ans, j’ai présenté sur la mise en abyme.
C’est un texte sur le vertige de la mise en danger de son existence, pour ouvrir à la vie et aux autres, pour entrer en rencontre. Mais c’est aussi lorsque au pied de la lettre, dans le non-sens, sans aucun recul, sans distinction entre dedans et dehors, lorsqu’une intériorité s’ouvre par le meurtre, la chute, le choc et la répétition, lorsque qu’un passage s’ouvre… Représentant dans la représentation, un signifiant pour le signifié. Signifier.
La mise en abyme c’est la présence dans l’absence, lorsque le meurtre est fondateur du monde.

Depuis 2005 je suis resté attelé à mon mouvement de recherche, car je ne sais pas écrire autre chose que d’être dans cette approche là.
J’ai beaucoup écrit.
Six semaines avant notre colloque, je m’étais donné quinze jours pour ramasser toutes mes notes et mes écrits, pour me mettre dans un mouvement d’écriture qui puisse rassembler dans un même corps ma présentation.
Le premier jour de ce temps dans un climat tendu, avec détermination je me suis levé de ma chaise, et dans une encouble, me suis écrasé par terre. Petit accident, grande chute ! Ça m’a fait basculer dans un état de choc, état de choc dans lequel je me suis senti tout à la fois bien présent, ne ressentant que peu l’atteinte, et complètement absent, ne pouvant plus être là, décalé de ma propre vie n’ayant que peu de moyens pour reconnaître la réalité de ce qui m’arrivait. Ça a désorganisé ma vie, je n’ai rien pu écrire, et je suis toujours là sans texte.
Je voulais me ramasser.
Je me suis ramassé !
Et comme redressement c’est un passage par l’allongement.
Et moi qui voulais parler de l’absence et de l’élimination, j’y suis.
Et l’innommable fut.

Arrivant là avec toute sorte de morceau de fragment étant moi-même... mais comment dire ça…
L’ importance de me risquer, d’être là avec cette absence de texte, présent, ne rien présenter.
D’un jet, j’ai ramassé quelques questions qui sont la substance de ma réflexion pour me permettre de faire présence dans l’absence de texte organisé.



Comment ?

Ma recherche est fondamentale. Depuis que je me connais me connaissant, elle habite mon mouvement de vie, dans des enjeux de vie et de mort... Cette recherche touche au tréfonds dans le drame de l’être en vie, beauté et horreur, essence paradoxale de l’homme... ce passage par l’abyme, passage par les ténèbres. C’est ma vie depuis ma naissance et c’est ma recherche pour y être Rencontre.
Mais le fondamental se niche dans le plus banal, et le tréfonds habite juste au revers de la surface, se révélant par l’Autre, et par l’autre qui le porte, absent comme soi-même.
Tout est toujours là à chaque instant et en tout lieu. J’ai fait choix d’y aller pour y être, c’est ma recherche d’être en vie.
Depuis que je me connais me connaissant.

Voici en quelques mots ce qui attend d’être écrit, en toute subjectivité.
Comment en toute subjectivité

Comment
puis-je nommer l’innommable

Comment en toute subjectivité
Comment
le mal peut-il être le bien lorsque le mal est le tout l’autre

Comment en toute subjectivité
Comment
le meurtre peut-il être fondateur de l’autre

Comment en toute subjectivité
Comment
l’élimination de l’autre est présence de l’autre
l’élimination de l’autre me fonde et le reconnaît

Comment en toute subjectivité
Comment
la puissance destructrice peut-elle être créatrice

Comment en toute subjectivité
Comment
le suicide, l’élimination de soi est présence de l’absence

Comment en toute subjectivité
Comment
mon plus profond désespoir peut-il être mon avenir

Comment en toute subjectivité
Comment
le mouvement d’élimination est le fondement de la vie

Comment en toute subjectivité
comment
le rapport d’élimination est-il constitutif de la matière

Comment en toute subjectivité
Comment
mon enfermement est mon ouverture à la vie

Comment en toute subjectivité
Comment
assumer le manque d’où l’on vient

Comment en toute subjectivité
Comment l’absence

Comment être en toute subjectivité
Comment porter la mort donnée et reçue sans mourir d’absence
Comment les noces de l’enfer et du paradis...

Comment ?
Comme ça
Comme moi
Comme JE
Mais par dessus tout l’être avec toi
pour être avec tous
surtout si l’on se TUe

Comment
en toute subjectivité
né de tous
comment
co-
...
Bibliographie et références
Et pour la suite de ce texte, qui va s’écrire petit à petit, consultez le site dédié : www.demarches.ch/elimination
Denis Matthey-Claudet / 2005 /
La Mise en Abyme - Le non-lieu de la rencontre comme rencontre - Du meurtre essentiel au mythe fondateur, de l’agir au consentir / Actes du Colloque d’Abandon Corporel, Québec.
Pour me contacter : denis.matthey@demarches.ch

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